« L’Europe souffre d’un manque de cohésion »
La question se pose en effet. La généralisation des plans de relance est certes une bonne nouvelle en ces temps de récession. Mais leur financement va contraindre les Etats à s'endetter massivement via des émissions d'obligations. Reste à savoir s'il y aura des acheteurs et à quel prix. Va t-on vers un Krach obligataire ?Le mécanisme est simple. Les plans de relance conduisent les Etats à s’endetter. Pour cela, ils font appel au marché obligataire. Ce qui conduit à une augmentation des taux d’intérêt à long terme. Les investisseurs privés sont alors moins nombreux à acheter les émissions d’obligations des Etats, qui coûtent plus cher. Mais le véritable enjeu est de savoir si les plans de relance annoncés vont être efficaces. Les Etats-Unis et l’Europe ne sont pas dans la même situation. D’un côté, la Réserve fédérale américaine a non seulement réduit les taux d’intérêt à long terme à 0%, mais elle a également annoncé qu’en cas de besoin, elle monétiserait la dette publique. Les Etats-Unis lancent ainsi à la fois une politique budgétaire et monétaire, ce qui leur assure une relance économique qui devrait se faire ressentir dès l’été 2009. Le scénario est malheureusement différent en Europe où il n’existe aucune politique cohérente et commune. Les écarts entre les taux des intérêts à 10 ans au sein de l’Europe sont très importants, entre 200 et 300 points de base, contre 0,5 point en temps normal. Ainsi les taux d’intérêt à 10 ans en Allemagne sont fixés à 3,25%, alors qu’en France ils sont à 3,8% et en Grèce à 5,8%. Par ailleurs, la BCE persiste à ne pas baisser suffisamment ses taux, pas idéologie. Or, le danger n’est pas du côté de l’inflation, mais de la récession.
Quelles sont les conséquences de ce manque de cohésion au niveau européen ?Nous assistons aujourd’hui à un mouvement spéculatif de sortie de la zone euro de certains pays, notamment ceux du Sud. Je ne crois pas vraiment à un tel scénario, mais c’est un risque réel. Les marchés craignent en effet que certains pays, comme la Grèce, ne puissent pas sortir de la crise sans sortir de la zone euro. Pour éviter une telle catastrophe, il faut sortir de la récession. La marge de manœuvre est plus faible en Europe. La dette publique représente 35% du PIB aux Etats-Unis. Elle atteint les 54% du PIB en France ! par ailleurs, l’Europe n’a pas agi avec suffisamment de réactivité et ne parle pas d’une seule voix. Il n’existe pas de plan de relance coordonné au niveau européen. Il n’existe pas de grande politique européenne, au niveau énergétique par exemple. Chacun tire la couverture à soi. Cette situation rend les marchés pessimistes.
Le Krach obligataire est donc inévitable en Europe ?Je ne dirai pas cela, mais il faut rester très vigilant. Pour que revienne le cercle vertueux, il faut un euro moins fort et une baisse des taux. Dans un contexte de baisse du prix du pétrole et d’une future relance américaine, les choses sont encore possibles. Pour cela l'Europe devrait montrer au monde qu'elle parle d'une seule voix. Il s’agit avant tout d’une question politique.
A lire : krach, boom... et demain ? de Marc Touati, Dunod Editions.
Propos recueillis par Laure Kepes